Corpus Revue

ADJOA DOMELEVO

COMMENT EN SUIS-JE VENUE À FAIRE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE SUR LA MÉTHODE FELDENKRAIS ?

En juin 2006 à Bayonne, je pratiquai pour la première fois de ma vie la Méthode : deux fois par jour, pendant une semaine, Josette Lafitte, praticienne certifiée, animait des ateliers Feldenkrais en début et fin de journée. Entre ces deux créneaux, je suivais un stage international de danse (contemporaine, jazz, africaine). Quel ne fut pas mon étonnement de découvrir que je me sentais légère et non courbatue après une semaine de travail physique intense ! Ces sensations étant inhabituelles pour la sportive que j’étais (et que je suis encore – mais autrement), j’ai ensuite voulu satisfaire mon besoin de compréhension. Que s’était-il passé dans mes muscles pour que le phénomène de courbatures n’apparaisse pas ? Quels étaient les mécanismes physiologiques permettant d’expliquer cela ?

Ces questions sont restées en suspens durant des années jusqu’au jour où j’ai commencé à étudier la Méthode Feldenkrais en tant que future praticienne. Et donc, au cours de mes années de formation en éducation somatique , ma curiosité était fortement aiguisée. Par exemple, une des choses qui m’a marquée à jamais fut que Moshe considérait le “stretching” (s’étirer) comme néfaste et préférait le “lengthening” (s’allonger). Je résolus donc de faire des recherches approfondies pour répondre aux questions qui avaient émergé en moi plusieurs années auparavant et au cours de ma certification Feldenkrais. Chercher prit alors la forme d’une démarche scientifique afin de valider académiquement mon travail personnel et afin d’améliorer la visibilité de la Méthode Feldenkrais en France, dans la communauté scientifique, dans le monde sportif et dans le secteur scolaire.
De 2012 à 2014, j’ai donc préparé un Master Recherche STAPS1 à l’Université de Bordeaux. Qu’est-ce que j’ai choisi d’étudier ? Le stress et les stratégies pour y faire face (le coping, en jargon scientifique). Mais, plus précisément, je voulais vérifier expérimentalement la validité de la théorie spéculative du « schéma corporel de l’anxiété » exposée par Moshe dans son livre L’être et la maturité du comportement : une étude sur l’anxiété, le sexe, la gravitation et l’apprentissage. Autrement-dit, mon intention était de répondre à la question suivante : pratiquer la Méthode Feldenkrais réduisait-il le niveau de stress ? Et puis, d’un point de vue pragmatique, où faire cette expérimentation scientifique ? Le plus simple pour moi : dans le collège où j’enseignais l’Éducation Physique et Sportive (EPS). Et donc des élèves d’une classe de troisième ont accepté de participer au protocole expérimental.

Cette étude m’a permis, entre autres :

  • De proposer des grilles d’analyse didactique de la Méthode Feldenkrais : contenus verbaux, interactions langagières, variables didactiques ;
  • De dresser l’inventaire de toutes les publications scientifiques sur la Méthode depuis 1977 ;
  • D’inventorier les scientifiques auxquels Moshe fait référence dans ses ouvrages sur la Méthode.

Après avoir parcouru mon mémoire de Master, une de mes collègues praticienne m’a dit : « tous les étudiants en formation Feldenkrais devraient le lire »…
En parallèle, de 2013 à 2016, j’ai aussi mis en œuvre un projet pédagogique innovant soutenu par le Rectorat de Bordeaux : j’ai accompagné des collégiens scolarisés en Unité Locale d’Inclusion Scolaire (ULIS). Je leur proposais des séances Feldenkrais pour les aider à mieux faire face au stress scolaire. Ces élèves, diagnostiqués “autiste”, “trisomique”, “dyspraxique”, “dyslexique”, etc. par le corps médical m’ont appris à adapter la Méthode à leurs besoins particuliers. Ce furent pour nous des rencontres riches en émotions, en subtilité et surtout en authenticité…
Actuellement en troisième année de préparation d’une thèse de Doctorat à l’Université Paris Descartes, je m’intéresse au phénomène du Flow (flux-expérience optimale) au cours duquel les personnes éprouvent tant de joie, d’amusement à faire ce qu’elles font, qu’elles sont totalement absorbées dans leur activité du moment. Dans cette recherche, je soutiens l’idée que les leçons collectives d’Awareness Through Movement (Éveil de la Conscience par le Mouvement ou Prise de Conscience par le Mouvement) provoquent l’entrée dans le flux chez les apprenants. C’est pourquoi j’ai choisi d’intituler ma thèse : « Le corps dans la Méthode Feldenkrais : de l’Awareness au Flow ».

Pour les plus curieux et les plus curieuses, voici quelques liens à explorer :

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